L'histoire de ce texte n'est scertainement ni rare ni originale dans la longue histoire de l'édition... En 1992, grâce à PL, je signe un contrat avec un éditeur et m'attelle au travail. La directrice de collection qui reçoit les chapitres un à un, me soutient avec des petits mots chaleureux, élogieux. Un an après, le manuscrit est au complet. Nous allons même choisir chez un collectionneur les images d'un cahier intérieur. Branlebas de combat : la maison met la clé sous la porte !
Revirement de situation : elle repart. Changement de direction. Contrats annulés. Le mien est gardé, me dit-on. Cela fait 17 ans...

De loin en loin, j'essaie d'envoyer le manuscrit à droite à gauche. Surprise en 2002 : un éditeur de renom me contacte par retour. Grande joie de rencontrer JME, qui défend mon texte, qui l'aime... Depuis huit ans, la maison navigue sans timonnier ou presque. Soudain, la voici rachetée, placée dans un autre circuit, enfin vous savez, tous ces remous qui sont un peu familiers même aux plus nuls d'entre nous en économie. Et puis... Et puis rencontre avec le nouveau directeur. Je ne suis pas une spécialiste. Il ne veut que des spécialistes. Rentrez chez vous.

C'est tout.
J'attends avec une confiance à toute épreuve l'éditeur téméraire qui acceptera d'être le troisième homme.

Humour et humeurs de bohème est la petite histoire des hommes qui, au XIXème siècle, ont fait « trembler les terres de l’esprit » selon l’expression d’Emile Goudeau. Leur humour, dans la lignée de l’esprit français, annonce ou incarne des formes de rire nouvelles (humour moderne, nonsense, absurde).

La bohème rimait déjà avec Paris à l’époque de Villon mais Murger l’a immortalisée sous les traits de cette bohème parisienne du XIXème, multiforme, ambiguë et complexe à l’image du temps. Les cénacles se multiplient : Vilains Bonhommes, Vivants, Zutistes, Fumistes, Hirsutes, Incohérents. Pendant les vingt dernières années du siècle, après la cassure de la Commune, deux lieux privilégiés vont drainer tout ce que la ville compte en la matière : le club des Hydropathes et le cabaret du Chat Noir.

Le titre Humour et humeurs de bohème rend compte du fait que les figures évoquées ne sont pas de purs humoristes au sens actuel : l’humour est un trait saillant de leur façon d’agir ou d’écrire, mais l’humour ne suffit pas à les résumer. Il rappelle aussi, avec l’origine du mot, que l’humour est rarement du rire pur et simple.

Des précurseurs excentriques donnent le ton dans la première moitié du siècle : Xavier Forneret, Petrus Borel, Henry Monnier, Joseph Méry, Alphonse Karr...
Ils inaugurent de nouvelles façons de penser, de nouvelles manières d’être et de rire.

L’époque est rude pourtant : l’absinthe, la morphine et la syphilis provoquent des ravages, la politique est instable, révolutions et guerres se succèdent. Sur ce fond explosif, la descendance des « pionniers » ne perdra jamais une occasion de rire, de faire de l’esprit, de s’amuser. Au club des Hydropathes puis au Chat Noir, tous – poètes, artistes, écrivains, politiciens en herbe – exhibent leur talent dans la plus libre ambiance malgré la censure.

Les deux aspects de la bohème et de l’humour permettent de porter un regard original et plaisant sur le XIXème siècle. Le sujet peut toucher aussi bien les amateurs d’anthologies que le grand public moins connaisseur, lui donnant envie (je l'espère) d’aller ensuite vers les anthologies ou les rééditions des auteurs évoqués.