L'époque

(extrait)

    Le XIXème siècle n'est pas de tout repos. Louis XVIII succède à Napoléon après l'occupation de Paris par les Cosaques ; quand l'empereur revient, le roi repart ; après les Cent Jours, Napoléon abdique à nouveau et Louis XVIII remonte sur le trône. La révolution de 1830 fait tomber Charles X qui lui avait succédé à sa mort ; la révolution de 1848 met un terme à la très bourgeoise Monarchie de Juillet qu'incarnait Louis-Philippe, premier roi des Français, non plus de France. La brève Deuxième République finit sur un coup d’état, le long Second Empire sur une guerre. Nouvelle occupation du territoire : par les Prussiens cette fois. Quant à la Troisième République, il suffit de regarder partir ses présidents pour en deviner l'ambiance : Thiers est renversé, le maréchal de Mac-Mahon préfère se démettre que se soumettre, un trafic de décorations force Jules Grévy à démissionner, un anarchiste poignarde Sadi Carnot ; et une fois Casimir Périer passé en coup de vent, Félix Faure meurt dans les bras d'une dame, à la veille du nouveau siècle. Ajoutez la sanglante Commune, la crise du boulangisme, le scandale de Panama, les remous de l'Affaire Dreyfus, les attentats libertaires, et même deux batailles théâtrales : Hernani à un bout, à l'autre Ubu roi. Sur fond de ravages causés au choix par le typhus ou le choléra, l'absinthe ou l’éther, la syphilis ou l'héroïne...

    Tout finit pourtant plus que jamais par des chansons ! Tandis que Bismarck fait tourner ses usines d'armement outre-Rhin, les marchandes de violettes fredonnent à Paris le dernier succès de caf' conc', une scie d'atelier, un air d'opérette. Offenbach triomphe. Cafés, théâtres ou bals, tous les lieux ouverts au public - sans oublier les maisons de tolérance - ne désemplissent pas. Même les exécutions capitales, devant la Roquette puis la Santé, attirent une foule à l'affût du moindre spectacle ; en province, on vient y assister de loin, le panier à pique-nique sous le bras. C'est la fête perpétuelle !

    A tant de bouleversements s'ajoutent ceux liés au progrès technique. Les valeurs anciennes se dissolvent ; le matérialisme et la science triomphent mais ils vont bientôt décevoir. L'euphorie générale ne doit pas tromper : sous ses apparences frénétiques, le le XIXème siècle est inquiet ; il ne veut pas aller si vite où on l’emmène, et croit de plus en plus mollement, à mesure qu’il s’écoule, aux lendemains idylliques promis.

    Les humoristes vont non seulement refléter de plaisante manière cet état d'esprit contradictoire mais s'en nourrir, se l'approprier, pour créer la substantifique moelle de l'humour moderne.

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